Éolien en mer : où en sont les parcs français, de Saint-Nazaire à Fécamp
Après quinze ans de procédures, la France compte enfin plusieurs parcs éoliens en mer en service. Bilan des chantiers, des retards, des tensions avec la pêche et des ambitions pour 2035.
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Depuis le cap Fagnet, au-dessus de Fécamp, on les distingue par temps clair : des dizaines de mâts blancs alignés à une quinzaine de kilomètres au large, dont les pales tournent lentement. Le parc de Fécamp, en Seine-Maritime, a été mis en service en 2024. Pour les habitants, il est devenu un élément du paysage, ni plus ni moins que les cargos qui remontent vers Le Havre.
La France a longtemps fait figure de retardataire. Le premier appel d’offres pour l’éolien en mer date de 2011, mais il a fallu attendre 2022 pour que le premier parc, celui de Saint-Nazaire, injecte ses premiers kilowattheures. Entre-temps, le Royaume-Uni, l’Allemagne, le Danemark et les Pays-Bas avaient installé des dizaines de gigawatts.
La situation a changé. Fin 2025, plusieurs parcs posés fonctionnent sur la Manche et l’Atlantique, d’autres sont en construction, et l’éolien flottant sort de sa phase d’essai en Méditerranée. Le point sur une filière qui a mis du temps à décoller.

Les parcs en service
Saint-Nazaire, en Loire-Atlantique, a ouvert la voie : 80 éoliennes, environ 480 mégawatts, de quoi couvrir de l’ordre d’un cinquième de la consommation électrique du département. Ont suivi Saint-Brieuc dans les Côtes-d’Armor, Fécamp, puis Courseulles-sur-Mer dans le Calvados. Chacun avoisine les 500 mégawatts.
Ces parcs de « première génération » ont été attribués à des tarifs élevés, renégociés à la baisse en 2018. Les suivants sont nettement moins chers : l’appel d’offres pour Dunkerque a été remporté autour de 45 euros le mégawattheure, un niveau comparable au coût de production de nombreuses centrales existantes. La courbe des coûts a suivi celle de la maturité industrielle.
Les chantiers en cours
Au large des îles d’Yeu et de Noirmoutier, en Vendée, et entre Dieppe et Le Tréport, les fondations sont posées et les turbines arrivent. Dunkerque et un second parc au large de la Normandie, dit « Centre Manche », suivent. La façade Sud-Atlantique, au large d’Oléron, a fait l’objet d’un long débat public avant que les zones soient arrêtées.
La Programmation pluriannuelle de l’énergie vise environ 18 gigawatts d’éolien en mer en 2035 et 45 gigawatts en 2050. À titre de comparaison, le parc nucléaire actuel représente un peu plus de 60 gigawatts, mais avec un facteur de charge beaucoup plus élevé : en mer, une éolienne produit en moyenne 40 à 45 % du temps équivalent pleine puissance.
Le flottant, pari méditerranéen
En Méditerranée, les fonds tombent vite à plus de 50 mètres, ce qui interdit les fondations posées. La solution est de faire flotter les éoliennes sur des plateformes ancrées. Trois fermes pilotes, au large de Gruissan, de Leucate et de Fos-sur-Mer, testent la technologie depuis 2024 et 2025. Deux parcs commerciaux de 250 mégawatts chacun ont été attribués dans le golfe du Lion, et un autre au sud de la Bretagne.
Le flottant coûte encore nettement plus cher que le posé. Son intérêt réside dans le vent, plus fort et plus régulier au large, et dans l’éloignement des côtes, qui réduit les conflits d’usage.
Pêche, paysage, biodiversité : les frictions
Les oppositions les plus vives sont venues des pêcheurs, à Saint-Brieuc surtout, où le chantier a traversé une zone de coquilles Saint-Jacques. Les comités des pêches dénoncent une perte de zones de travail et un manque de concertation sur les premiers projets. Les parcs plus récents ont été placés après des débats publics organisés par la Commission nationale du débat public, avec une cartographie des zones de pêche.
« Le vrai sujet, ce n’est pas l’éolienne, c’est le câble et la zone d’exclusion autour. Quand on y a accès pendant la conception, on trouve des compromis. »
Ce point de vue d’un patron de pêche du port de Fécamp illustre un changement de méthode plutôt qu’une réconciliation totale. Côté biodiversité, l’Office français de la biodiversité suit les effets sur les oiseaux marins et les mammifères, notamment le bruit des travaux de battage. Les résultats à long terme restent en cours d’acquisition ; certaines fondations servent de récifs artificiels, mais l’effet net sur les écosystèmes n’est pas tranché.
Ce qu’il faut retenir
- Quatre parcs posés sont en service, totalisant environ 2 gigawatts ; plusieurs autres arrivent d’ici 2028.
- Les coûts ont fortement baissé entre les appels d’offres de 2011 et ceux de la décennie 2020.
- Le flottant est prometteur en Méditerranée mais encore coûteux.
- Les conflits avec la pêche se règlent mieux en amont, dans la planification des zones.
- Les délais restent longs : compter dix ans entre l’attribution et la mise en service.
L’éolien en mer ne remplacera ni le nucléaire ni l’hydraulique, mais il devient un pilier du système. Pour comprendre où il s’insère, notre décryptage du mix électrique français donne les ordres de grandeur. Et parce que produire plus ne dispense pas de consommer mieux, le bilan des hivers de sobriété rappelle ce que le pays a réussi à économiser.


