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Climat

Empreinte carbone : à quoi ressemble vraiment celle d’un Français moyen

Environ 9 tonnes de CO2 par personne et par an, réparties entre transports, logement, alimentation et biens importés. Derrière cette moyenne, des écarts considérables et quelques leviers qui pèsent plus que les autres.

Camille Rousset
Camille Rousset

Publié le · 5 min de lecture

Vue aérienne d'un quartier pavillonnaire français avec voitures garées, toits et jardins.

Dans une commune de la banlieue de Tours, une famille de quatre personnes vit dans un pavillon des années 1980, chauffé au gaz. Deux voitures, une vingtaine de kilomètres par jour pour aller travailler, un voyage en avion tous les deux ans, de la viande trois ou quatre fois par semaine. Rien d’extravagant. Et pourtant, si l’on additionne tout, chacun de ses membres émet, directement ou indirectement, autour de 9 tonnes d’équivalent CO2 par an. C’est, à peu de chose près, la moyenne française calculée par le ministère de la Transition écologique.

Ce chiffre est souvent cité, rarement expliqué. Il ne mesure pas les émissions produites sur le territoire national, mais celles liées à ce que les Français consomment, où que ces émissions aient lieu. Une télévision fabriquée en Asie, un jean cousu au Bangladesh, un avocat venu du Pérou entrent dans le calcul. C’est ce que l’on appelle l’empreinte carbone, par opposition à l’inventaire national, qui ne compte que ce qui est émis en France et se situe plutôt autour de 6 tonnes par habitant.

Pour tenir l’objectif de l’accord de Paris, cette empreinte devrait tomber à environ 2 tonnes par personne d’ici 2050. Autrement dit, la diviser par quatre ou cinq. Avant de discuter de la manière d’y arriver, il faut regarder de quoi elle est faite.

Étal de marché avec fruits et légumes de saison et étiquettes de provenance française
L'alimentation représente environ un quart de l'empreinte carbone d'un Français.

Quatre grands postes, à peu près égaux

Les bilans de l’ADEME et du ministère convergent sur une répartition en quatre blocs de taille comparable. Les transports pèsent de l’ordre de 25 à 30 %, avec la voiture individuelle en tête et l’avion loin derrière en moyenne, mais avec une distribution très inégale. Le logement, chauffage et électricité compris, représente entre 15 et 20 %. L’alimentation en pèse environ un quart, dominée par les produits d’origine animale. Le reste, entre 25 et 30 %, correspond aux biens de consommation et aux services : vêtements, équipements, numérique, mais aussi les émissions attribuées aux services publics, hôpitaux ou routes, dont chacun bénéficie.

Cette dernière catégorie mérite un mot : une part de l’empreinte, de l’ordre de 1 à 1,5 tonne par personne, ne dépend d’aucun choix individuel. Elle relève des politiques publiques.

La moyenne cache tout

Parler d’un « Français moyen » est commode, mais trompeur. Les études sur la répartition des émissions par niveau de revenu montrent que les 10 % des ménages les plus aisés émettent deux à trois fois plus que les 10 % les plus modestes. Le facteur qui creuse le plus l’écart est l’avion : une poignée de voyages long-courriers par an peut, à elle seule, doubler l’empreinte d’une personne. À l’inverse, un ménage sans voiture dans un appartement bien isolé en ville peut se situer bien en dessous de 6 tonnes sans faire d’effort particulier.

Le lieu de vie joue aussi. En zone rurale ou périurbaine, la dépendance à la voiture est structurelle, et les logements sont plus souvent de grandes maisons anciennes, difficiles à chauffer. Dire à ces ménages de « prendre le vélo » ne répond pas à leur réalité. C’est tout le sens des débats autour des zones à faibles émissions, qui contraignent d’abord ceux qui ont le moins de solutions de rechange.

Les gestes qui comptent, et ceux qui rassurent

La liste des « écogestes » entretient une confusion entre ce qui est visible et ce qui est efficace. Éteindre la lumière en sortant d’une pièce, trier ses déchets, couper l’eau pendant le brossage des dents : ces habitudes sont utiles, mais leur poids carbone est marginal, souvent de l’ordre de quelques dizaines de kilos par an. Les leviers lourds sont ailleurs, et ils se comptent en centaines de kilos, voire en tonnes.

  1. Renoncer à un aller-retour en avion long-courrier évite entre 1 et 2 tonnes, selon la destination.
  2. Passer d’un régime carné quotidien à une consommation de viande deux fois par semaine, en réduisant surtout le bœuf, représente de l’ordre de 500 kilos à une tonne par an.
  3. Remplacer une chaudière fioul ou gaz par une pompe à chaleur, dans un logement correctement isolé, retire souvent plus d’une tonne.
  4. Réduire les trajets en voiture thermique de 10 000 kilomètres par an, ou les basculer vers le train et l’électrique, pèse entre 1 et 2 tonnes.
  5. Acheter moins d’objets neufs, faire réparer, allonger la durée de vie des appareils compte pour quelques centaines de kilos.

« Les gens sont souvent surpris : ils pensaient que leurs déchets étaient le problème, et découvrent que c’est leur chaudière et leur voiture. »

Cette observation vient d’une animatrice d’ateliers de sensibilisation au climat dans des collectivités de l’Ouest. Sans alternative concrète, ajoute-t-elle, le calcul de l’empreinte reste un exercice frustrant.

Ce que l’individu ne peut pas faire seul

Il serait injuste de faire porter l’ensemble de l’effort sur les comportements. L’électricité française est déjà largement décarbonée grâce au nucléaire et à l’hydraulique, ce qui explique que l’empreinte d’un Français soit inférieure à celle d’un Allemand ou d’un Polonais. Les prochaines baisses viendront de décisions collectives : la rénovation massive des logements, la décarbonation de l’industrie lourde, l’offre ferroviaire, le contenu carbone des importations. La loi Climat et résilience de 2021 a posé quelques jalons, mais les objectifs nationaux ne sont, pour l’instant, tenus qu’en partie.

Ce qu’il faut retenir

  • L’empreinte carbone moyenne d’un Français est d’environ 9 tonnes par an ; l’objectif de long terme est proche de 2 tonnes.
  • Transports, logement, alimentation et biens de consommation pèsent chacun entre un cinquième et un tiers du total.
  • Les écarts entre ménages sont énormes, et l’avion en est le premier responsable.
  • Les gestes qui comptent vraiment concernent la chaudière, la voiture, l’avion et la viande, pas l’interrupteur.
  • Une part de l’empreinte échappe aux choix individuels et relève des politiques publiques.

Pour aller plus loin sur les deux postes les plus lourds, notre dossier sur l’isolation comme premier levier du logement détaille ce qui se joue derrière les murs, et notre article sur le remplacement d’une chaudière par une pompe à chaleur aide à ne pas se tromper d’équipement.