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Déchets & recyclage

Recyclage du plastique : ce qui est vraiment recyclé en France

Tout va dans le bac jaune, mais tout n'en ressort pas sous forme de nouveau produit. Bouteilles, films, barquettes : nous avons suivi le parcours des emballages plastiques pour distinguer le recyclé du simplement trié.

Inès Belkacem
Inès Belkacem

Publié le · 5 min de lecture

Balles de bouteilles en plastique compressées empilées dans un centre de tri des emballages.

Sur la chaîne du centre de tri des emballages qui dessert une partie des Bouches-du-Rhône, les déchets du bac jaune défilent à toute vitesse. Des trieurs optiques identifient chaque résine par infrarouge et des jets d’air propulsent les objets dans la bonne alvéole : ici les bouteilles en PET clair, là le PET foncé, plus loin le polyéthylène des flacons de lessive, puis le polypropylène des pots et des barquettes. Tout au bout, ce qui n’a été reconnu par aucune machine tombe dans une benne de refus, direction l’incinérateur.

Depuis 2023, l’extension des consignes de tri à tous les emballages a fait entrer dans ce bac des objets qui allaient auparavant dans la poubelle grise : films, sachets, pots de yaourt, barquettes de viande. Le geste est plus simple pour l’habitant. Mais trier n’est pas recycler, et c’est toute la nuance que les chiffres officiels peinent à rendre visible.

Tapis de tri d'un centre de traitement des emballages, avec films plastiques et bouteilles mélangés.
Les films et sachets souples restent les emballages les plus difficiles à trier mécaniquement et à recycler.

Un quart, un tiers, ou plus : de quoi parle-t-on ?

Selon l’ADEME et les rapports annuels de la filière, environ un quart des emballages plastiques ménagers mis sur le marché en France est recyclé, c’est-à-dire transformé en matière réutilisable. C’est l’un des taux les plus bas d’Europe occidentale pour cette catégorie de déchets, et il est loin de l’objectif européen de 50 % fixé pour 2025 pour les emballages plastiques. Le taux global de recyclage des plastiques, tous usages confondus, est plus faible encore.

Cette moyenne cache des réalités très différentes. Les bouteilles et flacons, en PET et en polyéthylène haute densité, sont recyclés à plus de la moitié : la matière est homogène, bien identifiée et demandée par l’industrie. Les pots, barquettes et films, eux, sont recyclés dans des proportions bien plus faibles. Ils sont souvent multicouches, colorés, souillés, ou faits de résines pour lesquelles il n’existe presque pas de débouchés.

Ce qui se passe après le tri

Les balles de plastique trié sont vendues à des usines de régénération, en France ou à l’étranger, qui les lavent, les broient et les transforment en paillettes ou en granulés. Là aussi, il y a des pertes : étiquettes, bouchons d’une autre résine, résidus alimentaires. Une balle de PET donne rarement plus de 70 à 80 % de matière exploitable.

Ensuite, tout dépend de la qualité. Le PET recyclé de qualité alimentaire retourne dans des bouteilles, ce qui est le seul véritable recyclage en boucle fermée. Le reste devient de la fibre pour textiles ou rembourrages, des tubes, des pots de fleurs, du mobilier urbain. Ces usages sont utiles, mais ce plastique, une fois en fin de vie, ne sera généralement plus recyclé du tout.

« On ne recycle pas à l’infini. Chaque cycle dégrade la matière. Un plastique recyclé une ou deux fois, c’est déjà bien. Le discours du plastique circulaire à 100 % n’a pas de réalité industrielle. »

Le constat est celui d’un ingénieur d’une usine de régénération installée dans la vallée du Rhône, qui souligne aussi que la matière recyclée a longtemps coûté plus cher que la résine vierge, dont le prix suit celui du pétrole.

Les promesses du recyclage chimique

Face aux limites du recyclage mécanique, les industriels misent sur le recyclage chimique, qui décompose le plastique en ses molécules de base pour refabriquer une résine identique à la matière vierge. Plusieurs projets d’usines sont annoncés en France, dont certains soutenus par des fonds publics. La technologie fonctionne à l’échelle pilote pour le PET et certains polystyrènes. Pour les plastiques mélangés, le procédé, très énergivore, produit surtout des huiles utilisables comme combustible, ce qui ressemble davantage à de l’incinération qu’à du recyclage.

Les associations environnementales et plusieurs experts appellent à la prudence : ces installations ne sont pas encore rentables, leurs bilans énergétiques restent discutés, et elles risquent de justifier le maintien d’emballages qui pourraient simplement être évités.

Ce qu’il faut retenir

  • Environ un quart des emballages plastiques ménagers sont réellement recyclés en France, avec de grands écarts selon les résines.
  • Les bouteilles et flacons se recyclent bien. Les films, sachets et barquettes multicouches très mal.
  • La plupart du plastique recyclé sert à des usages où il ne sera plus recyclé ensuite.
  • Continuez à tout trier : le tri reste indispensable, mais il ne remplace pas la réduction à la source.

Pour l’habitant, la conclusion est double. Trier correctement, en vidant les emballages sans les laver et sans les emboîter, améliore la qualité des balles et donc le taux de recyclage réel. Mais le levier principal reste le choix, au moment de l’achat : privilégier le verre consigné, les bouteilles en PET clair, les emballages en une seule matière, et éviter les formats souples que la chaîne ne sait pas traiter.

Ce qui a été interdit, encadré ou reporté depuis 2020 est détaillé dans notre bilan de la loi AGEC. Et pour un autre flux de déchets qui pèse lourd dans la poubelle, lisez notre mode d’emploi sur le tri des biodéchets en ville.