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Déchets & recyclage

Tri des biodéchets : composter en ville, mode d’emploi

Depuis 2024, chaque foyer doit pouvoir trier ses épluchures. Bornes de rue, composteurs partagés, collecte en porte-à-porte : les villes expérimentent, avec des résultats très inégaux d'une métropole à l'autre.

Inès Belkacem
Inès Belkacem

Publié le · 5 min de lecture

Borne de collecte des biodéchets de couleur marron installée sur un trottoir en ville.

Rue de la Part-Dieu, à Lyon, une borne marron a pris place à côté des conteneurs à verre. Chaque soir, des habitants y vident un petit seau ajouré de quelques litres : épluchures, marc de café, restes de repas. Deux ans après le déploiement de ces bornes dans toute la métropole, le geste est devenu banal pour une partie des Lyonnais. Pour d’autres, le seau reste au fond du placard.

Depuis le 1er janvier 2024, en application de la loi AGEC et d’une directive européenne, toutes les collectivités doivent proposer à leurs habitants une solution de tri à la source des biodéchets. Le mot est important : proposer, et non imposer. Aucune amende ne menace le particulier qui continue de jeter ses restes dans la poubelle grise. Mais l’obligation pèse sur les communes et les intercommunalités, qui ont dû choisir, souvent dans l’urgence, entre plusieurs modèles.

Composteur partagé en bois installé au pied d'un immeuble, avec un bac de matière sèche à côté.
Les composteurs partagés en pied d'immeuble reposent sur des habitants référents formés par la collectivité.

Pourquoi les épluchures posent problème

Les biodéchets représentent, selon l’ADEME, de l’ordre d’un tiers du poids de la poubelle d’un ménage français, soit plusieurs dizaines de kilos par personne et par an. Composés à 80 % d’eau, ils brûlent mal en incinérateur et produisent du méthane, un gaz à effet de serre puissant, lorsqu’ils fermentent en décharge. Les sortir de la poubelle grise permet à la fois d’alléger les camions, de réduire les émissions et de produire du compost ou du biogaz.

« On transporte et on brûle de l’eau. C’est absurde sur le plan énergétique, et c’est coûteux pour la collectivité », explique une ingénieure du service déchets d’une métropole du Sud-Est. Le coût de traitement d’une tonne d’ordures ménagères a fortement augmenté avec la hausse de la taxe générale sur les activités polluantes, ce qui rend le tri des biodéchets financièrement intéressant pour les collectivités, à condition d’atteindre un volume suffisant.

Trois modèles pour les villes

En zone pavillonnaire, la réponse est simple : un composteur individuel, souvent distribué gratuitement ou à prix réduit par l’intercommunalité. En ville dense, trois options coexistent.

  • La collecte en porte-à-porte, avec un bac dédié ramassé chaque semaine. C’est la solution la plus pratique pour l’habitant et la plus chère pour la collectivité, qui doit ajouter une tournée. Elle est privilégiée par des villes de taille moyenne comme Lorient, pionnière depuis les années 2000.
  • Les bornes d’apport volontaire, choisies par Lyon, Paris ou Bordeaux. Moins coûteuses, elles reposent sur la bonne volonté des habitants, qui doivent marcher jusqu’au point de collecte. Leur contenu part en général vers une unité de méthanisation.
  • Les composteurs partagés, en pied d’immeuble ou dans un jardin de quartier. Ils ne coûtent presque rien mais dépendent de référents bénévoles et ne traitent que de petits volumes.

La plupart des métropoles combinent les trois. Le résultat se mesure en kilos captés par habitant et par an, et les écarts sont considérables : les collectivités en porte-à-porte captent plusieurs fois plus de matière que celles qui se contentent de bornes.

Ce qui va dans le seau, et ce qui n’y va pas

La règle varie selon la destination des déchets. Pour un composteur de quartier, on se limite aux épluchures, restes de fruits et légumes, marc de café, sachets de thé sans plastique, coquilles d’œufs et fleurs fanées. Viande, poisson, produits laitiers et restes cuits sont déconseillés : ils attirent les nuisibles et dégagent des odeurs. Pour une borne ou une collecte destinée à la méthanisation, la consigne est plus large et inclut généralement tous les restes alimentaires, cuits ou crus.

Deux erreurs reviennent constamment dans les centres de traitement : les sacs plastiques, même présentés comme biodégradables, et les emballages oubliés. Un sac « compostable » qui ne l’est qu’en conditions industrielles perturbe un composteur de quartier. Le plus sûr reste le sac en papier kraft, ou le seau vidé directement dans la borne.

« Le taux d’indésirables est notre premier indicateur. Un lot pollué par du plastique, c’est un compost déclassé qui ne peut plus retourner aux champs. »

Cette remarque vient du responsable d’une plateforme de compostage qui reçoit les biodéchets de plusieurs communes de la vallée du Rhône, et dont le compost est vendu à des agriculteurs voisins.

Que faire chez soi

Commencez par identifier la solution proposée par votre commune, souvent détaillée sur le site de l’intercommunalité. Si aucune borne n’est proche, demandez l’installation d’un composteur partagé : la plupart des collectivités financent le matériel et la formation dès qu’un petit groupe d’habitants se porte volontaire. En appartement, un lombricomposteur ou un bokashi permet de traiter les épluchures sur place, à condition d’avoir un usage pour le compost produit, par exemple des plantes en pot ou un voisin jardinier.

Enfin, le meilleur biodéchet reste celui que l’on ne produit pas. Le gaspillage alimentaire représente une part importante des restes jetés, et une meilleure gestion du réfrigérateur pèse plus lourd, dans le bilan, que le choix entre borne et composteur.

Le compost produit en ville alimente les sols, mais le sujet dépasse la poubelle : notre article sur l’empreinte carbone d’un Français moyen montre le poids de l’alimentation dans nos émissions. Et pour un jardin qui accueille aussi le vivant, lisez nos conseils pour accueillir les abeilles sauvages.