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Déchets & recyclage

Vêtements : que deviennent vraiment nos textiles jetés ?

Chaque année, des centaines de milliers de tonnes de vêtements quittent les placards français. Une petite partie est revendue, une autre exportée, le reste brûlé. Enquête sur une filière qui déborde.

Camille Rousset
Camille Rousset

Publié le · 5 min de lecture

Montagne de vêtements usagés en vrac sur le sol d'un centre de tri textile.

Dans un entrepôt de la banlieue de Lille, des sacs de vêtements arrivent par camions entiers et s’entassent sur plusieurs mètres de hauteur. Une trentaine de trieuses, debout devant des tapis roulants, ouvrent les sacs, palpent, retournent, jugent en une seconde. À gauche, ce qui peut être revendu tel quel. À droite, ce qui partira en chiffons ou en effilochage. Au centre, un bac grandit plus vite que les autres : celui des pièces sans valeur, trop abîmées, trop fines, trop synthétiques.

La France dispose depuis 2007 d’une filière de responsabilité élargie des producteurs pour les textiles, le linge de maison et les chaussures. Chaque marque paie une écocontribution qui finance la collecte et le tri. Les bornes blanches ou vertes installées sur les parkings et dans les rues en sont la face visible. Mais le système a été conçu pour une époque où l’on achetait moins, et surtout mieux.

Trieuses devant un tapis roulant chargé de vêtements dans un centre de tri, sacs empilés en arrière-plan.
Dans les centres de tri, la part des vêtements revendables en France recule d'année en année.

Des volumes qui ont explosé

Plus de trois milliards de pièces de textiles, linge et chaussures sont mises sur le marché français chaque année, soit de l’ordre de 45 à 50 pièces par habitant. Ce chiffre a nettement progressé en quinze ans, porté par la mode rapide puis par la vente en ligne à très bas prix. En face, la collecte séparée plafonne autour d’un tiers des volumes mis sur le marché. Le reste finit dans la poubelle grise, donc à l’incinérateur ou en décharge, ou dort dans les placards.

Ce qui est collecté ne vaut plus grand-chose. Les centres de tri, dont beaucoup sont gérés par des structures d’insertion, se rémunèrent sur la revente des pièces de qualité. Or la part de ces pièces diminue : les vêtements en polyester à quelques euros, portés une saison, ne trouvent pas preneur. Plusieurs centres ont fermé ou réduit leur activité depuis 2023, et la filière a dû revoir en urgence les soutiens financiers versés aux trieurs.

Le voyage des vêtements exportés

Environ la moitié des textiles triés en France sont exportés, principalement vers l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique du Nord, le Moyen-Orient et l’Asie du Sud. Ils y alimentent des marchés de seconde main très actifs, qui font vivre des dizaines de milliers de commerçants. Mais une part croissante de ces balles arrive dans un état invendable. Des enquêtes menées au Ghana, au Kenya ou au Chili ont documenté des décharges à ciel ouvert et des plages couvertes de vêtements occidentaux.

« Nous ne pouvons pas exporter nos problèmes de surconsommation. Un vêtement que personne ne veut ici ne sera pas voulu ailleurs », observe la responsable d’un centre de tri des Hauts-de-France. L’Union européenne prépare un encadrement des exportations de déchets textiles, avec l’idée d’obliger les exportateurs à prouver que les balles contiennent bien des vêtements réutilisables.

Recycler le tissu : plus difficile qu’il n’y paraît

Les vêtements qui ne sont ni revendus ni exportés sont effilochés pour devenir des chiffons industriels, des isolants pour le bâtiment ou des rembourrages automobiles. C’est utile, mais il s’agit d’un recyclage en boucle ouverte : on ne refait pas un vêtement avec un vieux vêtement. Le recyclage fibre à fibre, qui permettrait de filer un nouveau coton ou un nouveau polyester à partir de textiles usagés, reste marginal.

Les obstacles sont techniques. La plupart des vêtements mélangent plusieurs fibres, du coton et de l’élasthanne par exemple, difficiles à séparer. Les boutons, fermetures éclair, étiquettes et teintures doivent être retirés. Et le coût de la fibre recyclée reste supérieur à celui de la fibre vierge. Des unités industrielles se construisent en France et en Europe, soutenues par des aides publiques, mais elles traiteront au mieux quelques dizaines de milliers de tonnes par an, loin des besoins.

« Le recyclage est la dernière roue du carrosse. La vraie question, c’est le nombre de vêtements qui entrent dans le système, pas ce qu’on en fait à la sortie. »

Ce point de vue est celui d’un chercheur en économie circulaire d’une école d’ingénieurs du Nord, qui travaille avec des collectivités sur la réduction à la source des déchets textiles.

Que faire de ses vêtements

  • Donnez ou déposez en borne uniquement des pièces propres et sèches, même abîmées : les trieurs savent quoi en faire. Ne déposez jamais de vêtements mouillés, qui contaminent tout le sac.
  • Revendez ou échangez ce qui est en bon état, en ligne ou dans des boutiques de seconde main, qui se sont multipliées.
  • Faites réparer : le bonus réparation s’applique aux retoucheurs et cordonniers labellisés, pour quelques euros par intervention.
  • Surtout, achetez moins et regardez l’étiquette : une matière unique (coton, laine, lin) se recycle mieux qu’un mélange.

Depuis 2024, une écocontribution modulée pénalise les marques qui mettent sur le marché des vêtements peu durables, et un projet de loi vise spécifiquement la mode ultra-rapide vendue en ligne. Ces mesures agissent sur l’amont, là où le tri et le recyclage ne peuvent plus rien.

Le textile n’est pas le seul flux où le recyclage promet plus qu’il ne tient : notre enquête sur ce qui est vraiment recyclé dans le plastique le montre aussi. Et pour prolonger la vie de vos objets, voyez comment fonctionne le bonus réparation.